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 Reda

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Ancien Oracle d'Athéna
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MessageSujet: Reda   Mar 5 Mai - 21:03

Chapitre 1 : L'enfance.

Dans la petite île de la chaîne, se trouvait un village, seul et unique : Catena. Rien d’extraordinaire dans cette île minuscule du sud de la mer égée. Les hommes étaient pêcheurs pour la plupart et les femmes s’occupaient de la terre avec les enfants qui n’accompagnaient pas les marins. Un seul détail différenciait Catena de ses voisines, ses habitants bien que directement liés comme la plupart des insulaires à Poséidon partageaient ce culte avec celui d’Athéna. Les mythes étaient légions sur la raison de cette particularité locale cependant qui saurait différencier les histoires des légendes et ces dernières de la réalité. Une seule chose était sur, les femmes s’occupaient des oliviers depuis bien avant que l’on puisse s’en souvenir.

Reda naquit sur cette île. Dernier d’une famille de sept enfants, il était assez fébrile de constitution. Et comme le découvrirent bien vite ses parents, il n’était en rien bâtit pour la pêche. Clivus, son père fit contre mauvaise fortune bon cœur, sachant que le droit d’aînesse ne s’appliquerait jamais au 7ème de ses enfants, il demanda à sa femme, Clementia, de le former aux cultures terriennes, ainsi il pourrait aider ses frères dans l’administration de leur domaine. Certes pas le plus grand de l’île mais non le moindre !

Les années passèrent simplement et sagement. Des évènements divers ponctuèrent les 12 années que Reda vécut là bas. L’un de ses frères de 3 ans son aîné s’abîma en mer lors d’une tempête et fut pleuré par les siens. L’aîné tomba malade gravement mais, fort comme un taureau, rien ne pouvait l’abattre aussi se rétablit il en quelques semaines. Ces années étaient chaudes et douces, pleines de soleil, un havre que rien ne préparait au désastre.

C’est la troisième nuit après le douzième anniversaire de Reda qu’ils débarquèrent. Une nuit où le croissant de Diane n’avait pas éclairé assez le royaume de Poséidon pour alerter les villageois de la présence des bateaux. Ils profitèrent de la douceur de la pente que constituait la plage de l’île pour pousser sans bruits leurs embarcations sur la grève. Telles de funestes ombres, ils avancèrent dans le village et soudain tout ne fut que panique. Sollicitus, un vieillard sans domicile que l’île avait adopté comme sa part de misère, avait donné l’alarme. Il fut le premier à mourir. Les hommes, couverts de cuir et d’acier assaillirent le village, brûlèrent les maisons et pillèrent les échoppes de la grand’place.

Les échos des lames de métal contre les fourches des paysans et les cris des morts, réveillèrent la famille. Clivus les rassembla et leur donna à chacun une tâche. La sœur aînée et la mère de Reda iraient avec les enfants de ses frères et lui dans la remise, cachés derrière un faux mur, personne ne devrait les y trouver. Ses frères et son père eux défendraient leur demeure au péril de leurs vies. Immédiatement les adultes, qui connaissaient bien les risques des pillages, s’organisèrent et il ne resta plus que les hommes dans la salle principale de la maison.

« Reda, écoute moi bien. » Le ton de son père ne laissait pas de place pour le doute sur la situation « Ce soir nous allons risquer nos vies, tu es trop jeune pour nous accompagner mais le courage n’est pas une question d’âge. Aujourd’hui tu devras protéger ta mère et la famille. Je te fais confiance Reda. » Ceci dit, il mit dans le petite main enfantine une chaîne lestée avec un poids. Un sourire sur le visage il ajouta « J’ai vu comme tu étais agile à la chasse aux oiseaux avec une chaîne, j’avais hésité à te la donner à ton anniversaire mais ce soir utilises la pour vous défendre. Va rejoindre ta mère maintenant, file. »
Reda se dirigeait vers la pièce du fond lorsque la porte d’entrée vola en éclat. Son père se ruait déjà vers l’homme qui le dominait d’une bonne tête. Désarmé par la violence et la rapidité de ce qu’il se passait devant ses yeux, le jeune garçon n’arrivait plus à bouger. Son père et ses frères formaient un barrage entre lui et les pilleurs. Sur le coté de la mêlée, l’un des adversaires de sa famille réussi à faire basculer son frère sur le dos. Alors que le pilleur levait la hache qui s’abattrait à coup sûr sur sa tête. Sans réfléchir un instant, parce que la situation l’exigeait, le corps de Reda se mit en mouvement tout seul, desserrant un peu la prise qu’il avait sur la chaîne, il pivota sur lui-même afin de donner l’élan nécessaire au leste qui vint s’écraser une fraction de seconde plus tard dans le front de l’homme armé.

« Reda que fais tu encore là ! » Bien qu’une pointe de fierté perçait dans le ton de son père, l’ordre était sous entendu.
Ramassant sa chaîne lestée, le jeune garçon passa la porte du fond pour rejoindre la réserve à l’arrière de la maison.


Après quelques heures enfermé dans le réduit secret. Les bruits avaient cessés. Clivus par deux fois était venu les rassurer, leur dire qu’ils avaient refoulé les pilleurs dehors. Reda commençait cependant à trouver anormalement long le temps depuis lequel ils n’avaient pas vu son père. Contre l’avis de sa mère, il sortit de la protection toute relative de la réserve. Les couloirs de la maisonnée étaient sombres à cette heure de la nuit. A pas de loup, il s’approcha de la porte qui menait à la salle principale. Un coup de hache avait fendu une partie de la massive planche et Reda s’en servit pour observer l’intérieur de la pièce.
Des corps étaient éparpillés çà et là, les dieux avaient rappelé à eux les âmes des défunts. Les larmes montèrent aux yeux du jeune garçon en voyant un avant bras dépassé de sous les décombres de ce qui avait dû être une armoire. Un poignet de force ceignait ce dernier, ce même bracelet que Clivus portait. Pas un son ne raisonnait, pas un son sauf… la respiration rauque d’une personne blessée. Défiant toute prudence, Reda poussa ce qui restait de la porte pour courir vers le corps de son père. Prenant la main de celui-ci, le contact tiède du corps lui apprit qu’il n’était plus. Alors que les larmes commençaient à couler, la respiration difficile se fit de nouveau entendre. Lentement Reda se retourna, craignant ce qu’il allait découvrir. L’aîné de la famille respirait avec difficulté, à moitié conscient. Le sang maculait à la fois sa tunique et son pantalon mais cela ne semblait pas être le sien. L’homme à la gorge tranchée devant lui ne devait sûrement pas y être étranger.
L’adolescent alla secourir son frère blessé. Se servant du pied cassé de la table, il le lui donna comme canne de fortune.


« - Appuie toi sur moi grand frère. Je t’amène dans la réserve. »
« - Non, il faut… défendre… la maison. »
« - Mais dans ton état tu mourras juste, sans même défendre quoi que se soit ! Où sont les autres ? » Et après une pause « est ce qu’ils sont… »
« - Clétios et les autres ont poursuivis les survivants de ce massacre. Ils veulent venger notre père… »

Un lourd silence tomba entre les deux frères. Chacun méditant sur ses implications. La vie ne serait assurément plus comme avant. Quand ils arrivèrent dans la remise, Clementia et la femme de son frère les attendaient armées de simples bâtons.

« - Par Athéna ! » s’écrièrent elles ensembles. Aussitôt elles aidèrent le blessé à atteindre l’abri de fortune dissimulé aux yeux des intrus. Là, déchirant leurs propres robes elles commencèrent à panser aussi bien que possible les nombreuses plaies qui couvraient le corps meurtri. Le nouveau chef de famille avait déjà perdu connaissance. Un coup puissant se fit entendre dans la bâtisse.

« - Ragnar !!! » Une voix tonitruante raisonnait de façon inquiétante.

En un instant, la famille fut très silencieuse. Des bruits de pas se firent entendre dans le couloir. La cloison à moitié ouverte, on pouvait aisément voir qu’une cache secrète avait été dissimulée.

« - Mère, je ne suis ni le plus fort ni l’aîné de vos fils mais père m’a demandé de vous protéger. Je vous promets que vous ne mourrez pas ce soir ! » D’un bond Reda sorti du réduit. Poussant la cloison pour la fermer et plaçant devant une caisse pour mieux la dissimuler. De l’intérieur sa mère pouvait certainement le voir au travers des trous d’aération discrets.

« - Reda mon enfant ne fais pas d’idiotie ! Reviens ici nous pouvons encore nous cacher ! »
« - Mère vous m’avez appris que lorsque l’on cherche quelque chose de précis, on oublie de regarder l’ensemble. S’il me cherche il ne vous trouvera pas ! Je me cacherai dans les oliviers. »

A peine avait il fait quelques pas dans le couloir que Reda vit la silhouette de l’homme. Il était beaucoup plus grand que les habitants de Catena. La barbe fournie et emmêlée, du sang coulant de sa tempe gauche et le regard furieux. L’homme posa sur Reda un regard plein d’un certain intérêt :

« - Resterait il des moucherons à écraser par ici ? » aussitôt avait il prononcé ces mots qu’il s’élança en faisant tournoyer une énorme masse. Reda eut tout juste le temps d’esquiver le premier coup. La fuite était alors sa seule chance. Après une volte-face maladroite il commença à courir. Le courage le quittant peu à peu à mesure que la réalité de sa mort prochaine s’insinuait dans son esprit.
Le second coup vînt si rapidement que le jeune garçon ne réalisa pas avant de sentir le sol contre son visage qu’il avait été touché. Alors qu’il courrait dans le couloir, le fou furieux avait réarmé son bras et frapper d’estoc. La masse, au moins aussi grande que l’adolescent, l’avait percuté et entraîné dans son mouvement. Emporté par une telle force, il avait traversé la petite porte de la remise et rouler sur le sol. De petits points lumineux dansaient devant ses yeux. Dans les petits trous d’aération il voyait les yeux de sa famille s’affoler en le voyant ainsi.


« - Alors tu es déjà cassé ? Un jouet des moins résistants ! » Le sarcasme piqua au vif Reda malgré son état. Que pouvait il bien espérer faire a son age contre un adulte ? Rien… Rien…
Rien d’autre que donner sa vie pour sauver les siens. Il ne pouvait pas retenir les larmes qui coulaient de ses yeux de douleur et de peur mais quitte à mourir, il les protègerait. Fixant les yeux affolés derrière la fausse cloison, il se força à sourire puis, difficilement et le souffle court après le choc, il tenta de se relever. Une main lui agrippa les cheveux. Le soulevant comme un fétu de paille, l’homme approcha son visage du sien.


« - tu vis encore ? » ironisa le colosse.

Du coin de la bouche, Reda sentait du sang couler sur son menton. Il prit une inspiration, bloqua son souffle et cracha une gerbe de sang sur le visage qui lui faisait face. Alors que le sang coulait lentement, un sourire naquit sur le visage de l’homme.

« - Ainsi tu tiens tant que ça à me provoquer ? » L’homme sembla réfléchir un instant. « Ta punition pour cela sera exemplaire ! »

Il projeta Reda à travers la pièce. Celui-ci s’écrasa contre le mur à coté de l’encadrement de la porte.

« - Non je ne te tuerai pas, désormais tu es mon esclave. » la malveillance sourdait de chaque mot qu’il prononçait. « Tu vivras assez longtemps pour me défier une nouvelle fois microbe, de toi dépendra l’issu de ce défi. Tu représentes un vrai défi. Faire de toi un guerrier capable de m’affronter alors que tu ressembles tout au plus à une fillette ! » Et l’homme éclata d’un rire gras et sonore. Reda serra le dernier cadeau de son père contre lui. Le plus discrètement possible il le dissimula dans sa tunique et perdit connaissance sans avoir revu le visage de ceux qu’il aimait.
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MessageSujet: Re: Reda   Mar 5 Mai - 21:05

Chapitre 2 : L'esclavage.


Cela faisait maintenant deux années que Reda avait été emmené loin de Catena. Durant ces années, Deimos le barbare l’avait traîné, enchaîné la plupart du temps, de bateau en bateau, de pillage en pillage. Il était devenu un pirate en l’espèce mais n’avait toujours pas retrouver sa liberté. Il devait obéir et se soumettre s’il ne voulait pas risquer quelque jour de coma… Reda avait espéré pendant quelques temps que l’homme lui apprendrait d’une façon ou d’une autre à se battre. Vain espoir s’il en est, il ne l’avait entraîné que dans des rixes de tavernes miteuses ou dans l’abordage de bateau commerçants. Une seule chose avait changé, sa tolérance à la douleur. Les brimades incessantes et les coups à défaut de lui apprendre à se battre avaient permis à son corps de s’endurcir. L’idée du jour où Reda devrait l’affronter à nouveau était terrifiante mais pour se rassurer, il se relevait quelques fois la nuit après avoir vérifié que Deimos dormait, ivre mort la plupart du temps, et utilisant la chaîne qu’il dissimulait, il s’entraînait sur des arbres éloignés de la cabane dans laquelle il vivait.

La fin de l’été approchait, les trésors ramassés par Deimos étaient assez conséquents et lui permettraient de passer un hiver relativement luxueux. L’année précédente, à cette même époque, il avait participé à une beuverie avec les autres pirates des îles du sud. Cette année, Reda en profiterait. La soirée avait commencé calmement. Le barbare avait emmené Reda dans une île où se réunissaient les pirates pour préparer leur descentes. Forts de leur nombreux succès, la plupart avait commencé à investir leur gains dans diverses affaires se procurant ainsi une rente pour la période de vache maigre qu’était la saison des tempêtes. Dans le cratère au centre de la pièce, le vin et l’eau se mêlaient jusqu'à l’ivresse des pirates. Les femmes, des prostituées et des esclaves servaient à grand coup d’éclat de rire leurs charmes aussi bien que la boisson.
Deimos avait enchaîné Reda pour la soirée. Il l’avait certes amené mais au bout d’une chaîne. Avili comme les autres esclaves, il était juste un trophée de plus dans cette salle pour le pirate.


« - Et c’est là que j’ai trouvé cette ablette ! Ce jeune pensait pouvoir m’échapper, moi, Deimos ! »

Cette réplique tira Reda de ses souvenirs. Se pourrait il qu’il parle de lui ? Il tendit l’oreille, attentif.

« - Non personne dans la maison, pas si riche que ça finalement ! » il éclata a nouveau de rire « Et Ragnar, il pensait pouvoir s’approprié le butin de la maisonnée mais finalement comme c’est moi qui ait donné le coup de grâce au chef de famille, j’ai eu gain de cause quand on a tranché »

Quelle folie était ce là ? Depuis deux ans Reda n’en avait rien su ? Il était bien plus qu’un esclave, il était le butin de Deimos pour avoir massacré son père. A bien y réfléchir, peu de pirates avaient des esclaves. Il fallait les nourrir, les garder en bonne santé. Seul certains pirates en gardaient. La vérité apparaissait seulement aux yeux du jeune garçon. Il n’était pas utile à Deimos, il n’avait jamais eu d’intérêt à le garder si ce n’est : rappeler à Ragnar que s’il existait une « hiérarchie » chez ces pillards, Deimos lui était supérieur. Reda n’était rien que la preuve de l’échec de Ragnar. Et Deimos était l’assassin de son père.

« - Reda ! Tu m’écoutes empoté ! » Le ton était trop aviné pour paraître dangereux mais la violence d’une punition était tout de même sous entendue.

« - Oui, que dois je faire ? »
« - Va me chercher cette jarre là bas » dit il en désignant une large cruche dans les bras d’une prostituée plus loin. « Et tant qu’à te rendre utile, ramène donc celle qui la porte ! Haha ! »

Rapidement il arriva au niveau de la femme, il lui indiqua la table en lui précisant de bien occuper l’homme qui parlait le plus fort. Faisant mine d’aller se soulager, Reda chercha Ragnar dans la salle. Dans le coin opposé, il le trouva. Leurs regards se croisèrent, c’était la chance qu’il attendait. D’un signe de la tête il indiqua à l’homme la porte toute proche menant aux latrines et sans attendre de réponse s’y dirigea.
Quelques minutes passèrent. Une éternité pour le cœur battant du jeune garçon quand la porte s’ouvrit sur le petit et trapu Ragnar.


« - Pour qui te prends tu esclave pour me demander de te rejoindre ici ? » Le ton était à la foi incisif mais curieux.
« Ragnar » Il faudrait de la finesse pour le manipuler, Reda le savait « Ne trouves tu pas que Deimos parle très fort ce soir ? » il laissa le ton descendre, un petit silence puis « Il parle énormément du pillage de Catena d’ailleurs. Tu sais celui où il t’a ridiculisé en s’appropriant ton butin. »

La tension était palpable. Ragnar échaudé par cette déclaration savait pourtant ne pas pouvoir toucher à l’esclave du colosse sans devoir en répondre et ce ne serait assurément pas bon du tout.

« - Tout le monde sait ça oui ! Il m’a volé et alors ? » Ses paroles trahissaient son énervement.

« - Je me suis toujours demandé pourquoi tu n’avais pas pris ta revanche en deux années ? Oh oui je sais, certainement ne peux tu pas te mesurer à mon maître » le mot écorchait la bouche de Reda mais il se devait d’être convaincant « Ta position chez les pirates doit être bien peu digne d’intérêt »

Saisissant le jeune homme par sa tunique usée, Ragnar le souleva de terre. Il était plus petit que les autres pirates mais il dominait facilement le jeune Reda.

« - Une langue bien pendue pour une si petite chose » un sourire en coin, Ragnar avait l’air amusé.

« - Je ne fais que dire ce que je vois. » L’épée de Damoclès était au dessus de la tête de Reda. Il jouait sa meilleure carte : « Mais peut être que cela pourrait changer… »

Le sous entendu était grossier et si Ragnar décidait de le livrer à Deimos, Reda n’aurait aucun recourt, aucun. Cependant la poigne se desserra peu à peu.

« - Peut être que cette nuit, personne ne fera le guet devant sa chambre, et moi m’assoupirai je quelques minutes si j’étais sûr d’obtenir autre chose… » Un grognement entre consentement et méfiance.

« - Petite fouine qui me dit que tu n’es pas juste la pour que ton Maître me tue ? »

S’il se montrait trop honnête, Reda savait que le pirate le prendrait pour un lâche, s’il ne l’était pas, il ne voudrait pas tenter le diable. Le dilemme était aussi bien dans l’esprit de Ragnar que dans les yeux du jeune homme. Quelle part de confiance accorder à une personne qui avait massacré sa famille ?

« - Je vais être franc, certainement trop pour un pirate comme toi. » puis inspirant profondément : « je n’ai pas oublié cette nuit la moi non plus. Tu veux te venger ? Je veux être libre. La seule chose que je te demande c’est de me laisser regarder quand tu planteras ta dague au fond de sa gorge. » Dit avec un ton plein de conviction, Reda espérait que cette tirade achèverait de convaincre le pirate hésitant.

Le pirate continuait de le jauger, piège ou non c’était aussi l’occasion pour lui de se débarrasser de son ennemi juré.

« - Demain soir, je m’assoupirai, c’est tout ce que je sais. Je dois y aller sinon il va se méfier. A toi de choisir pirate. » Reda dégagea sa tunique et entra dans la pièce pleine des clameurs de beuverie et de fête, assurément la nuit serait longue pour Ragnar, il avait fort à penser.

La matinée était bien avancée quand Deimos émergea avec visiblement un vilain souvenir de la veille. L’ivresse et les drogues qu’il avait utilisées avec les prostituées laissaient des marques, les yeux creusés, le teint blafard et bien souvent une migraine sourde et lancinante. Pour une fois le hasard avait bien fait les choses, au soir il dormirait probablement comme une masse.
Comme si Chronos avait comprit que Reda attendait avec impatience la nuit, la journée se déroula lentement, une succession de minutes paraissant une éternité. Rien de notable, les corvées habituelles, les brimades habituelles… Une monotonie de l’esclavage si l’on peut dire. A l’heure où le soleil commençait à disparaître derrière le toit de la cabane, Reda trouva une excuse pour s’éloigner de celle-ci. Il avait réfléchit lui aussi à son pacte avec Ragnar, il ne lui faisait assurément pas confiance. Il devait s’aménager une retraite en cas de problème. Se faufilant jusqu'à la crique de l’île où ils vivaient avec son tortionnaire, Reda dissimula sous le ponton un petit sac de toile contenant ses possessions les plus importantes. La chaîne de son père et quelques jours de vivre était tout ce qu’il avait pu rassembler. Ce soir là, il prit une minute pour lui. S’allongeant dans le sable, il regarda le ciel rougeoyant.


* Bientôt tout cela sera terminé. Bientôt je partirai pour ce sanctuaire dont les pirates parlent. Je deviendrai fort et quand ça sera fait, je retournerai voir ma famille. Je serai le chevalier de Catena * les pensées de Reda s’égaraient dans le rêve qu’il se faisait de son avenir. Tout cela était si proche et en même temps hors d’atteinte.
Lorsqu’il sorti de sa rêverie, à peine quelques minutes s’étaient écoulées mais il ne devait pas tarder, le jour faiblissant rapidement, il pouvait voir la côte à quelques encablures de l’île de Thera commencer à scintiller. Les torches des gynécées se reflétaient sur l’eau comme un appel vers la liberté. Son mal en patience, Reda remonta la sente qui menait à son destin. Deimos avait fait un feu à l’intérieur.


« - Qu’attends tu bon à rien ! J’ai faim ! »

Assurément, l’adolescent ne regretterait pas cet endroit…

Après le repas, que Reda fit volontairement copieux pour s’assurer de la somnolence du pirate, des bruits étouffés se firent entendre ça et là à l’extérieur. Deimos ne sembla pas les remarquer alors qu’il luttait pour rester éveillé. Reda sortit sa paillasse, il ne voulait pas changer ses habitudes. Il éteignit la torche et ne laissa que le foyer ronronner, diffusant juste assez de lumière.
Peu de temps plus tard, Deimos ronflait. Il ne serait pas difficile à Ragnar de se venger ainsi. Avec légèreté, Reda se releva et se dirigea vers la porte. Sans nul doute y trouverait il l’un des hommes de Ragnar ou même Ragnar lui –même. Lentement il fit jouer la clenche et entrouvrit la porte. Il se faufila à l’extérieur agilement.
La nuit avait fait place au crépuscule, personne aux alentours. Reda avait il rêvé les bruits ? Avait il tant espéré qu’il les avait imaginés ? Une lame glacée sur sa gorge lui fit comprendre que non. Une voix lui susurra à l’oreille :


« - Alors petit esclave, tu ne dors pas ? » La voix de Ragnar était tendue mais amusée, il poursuivit « répond par un signe de tête. Ton maître dort il ? » Reda hocha la tête. « Bien, sais tu où il cache son butin ? » La question prit le jeune homme au dépourvu, il n’avait pas pensé que le pirate félon pourrait avoir autre chose en tête que sa vengeance. Il hocha la tête malgré tout. Un hululement se fit entendre. Sur Catena, les chouettes étaient sacrées et Reda prit cela pour un signe, peut être l’assentiment pour l’idée qu’il venait d’avoir. La cupidité du pirate avait été au-delà de tout ce qu’il avait imaginé. « Mène moi à l’intérieur »

Eclairé uniquement par le feu qui se consumait lentement, la pièce paraissait plus grande qu’elle ne l’était réellement, allongée par les ombres dansantes au gré des flammes. Deimos semblait un géant. Ragnar se plaça derrière lui et sembla hésiter un moment, devait il le réveiller pour le tuer ou bien l’égorger dans son sommeil, il n’était pas certain de l’issu d’un combat mais il manquerait de panache sans le livrer. La réponse vint de Deimos, alors que le traître s’apprêtait à le poignarder, celui-ci se réveilla. Voyant la lame, il eut tout juste le temps de rouler de sa chaise pour se laisser tomber hors d’atteinte de l’arme. Se relevant d’un bond il attrapa le pied d’une chaise qu’il envoya droit sur Ragnar. Les adversaires se jaugèrent pendant une seconde qui parut une éternité et se ruèrent l’un sur l’autre. Deimos aurait pu faire une bouchée du félon si seulement il avait réussit à l’attraper mais celui-ci était plus agile que le colosse. De feintes en feintes, il gagnait du terrain sur l’imposant tyran qui ne perdait pas pour autant sa concentration.
Reda dans l’encadrement de la porte, observait cet assaut comme hypnotisé. Aucun des protagonistes ne semblait lui accorder une once d’attention, Deimos à vrai dire ne semblait pas l’avoir remarqué du tout.
C’était sans doute le moment opportun pour le jeune homme de s’éclipser. Les pirates étaient occupés pour un moment à se battre. S’éloignant à reculons de quelques pas de la porte, Reda s’immobilisa quand il heurta quelque chose. Il sursauta quand il vit le visage du second de Ragnar le toiser de toute sa hauteur.

« - Tu comptes t’en aller ? » La question n’en était pas une.
« - Non je voulais contourner la cabane, Ragnar m’a dit que vous étiez là. » Le mensonge était venu naturellement mais semblait convaincre le second.
« - Mènes nous à la cache du butin de Deimos. »

La situation était délicate, si Ragnar ne venait pas à bout du géant, ce dernier partirait à la recherche de Reda et le premier endroit où il le chercherait serait sûrement là où il avait caché ses ressources.

« - Quoi ? Vous n’aidez pas Ragnar ? » Le ton faussement surpris, l’adolescent espérait convaincre le second de reporter son attention sur autre chose. Un sourire malin s’épanouit sur le visage de l’homme.

« Si Ragnar gagne, il appréciera que la tache qu’il m’a demandé soit exécutée. S’il perd, je serai riche et capitaine. »

Décidément, la félonie et l’ambition des pirates ne cesseraient jamais de surprendre Reda, même après autant de temps passé avec eux.

« Très bien suivez moi » le jeune homme n’avait plus le choix, attendre une occasion de leur fausser compagnie.


Dernière édition par Atmos le Mar 5 Mai - 21:06, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Reda   Mar 5 Mai - 21:06

Ragnar avait amené avec lui trois personnes. Certainement les plus dignes de confiance pensait il. La cachette n’était pas bien loin, deux cent mètres tout au plus. Elle était dissimulée par un buisson devant l’entrée d’une grotte. Reda les y mena sans broncher, les stratagèmes se multipliant de sa tête.

« - C’est ici. » Dit il en désignant une porte. Une idée lui vint tout à coup : « Toi qui est le second de Ragnar il doit certainement tout te dire. Va-t-il honorer sa promesse envers moi ? » Le second fut pris au dépourvu.
« - Une promesse ? » Il avait mordu…
« - Quoi ? Toi un second, tu n’es pas au courant de ça ? »
« - Si bien entendu, je suis au courant de tout ! De laquelle parles tu ? » C’était le moment de se montrer convaincant, sa véritable échappatoire.
« - Ragnar a promis de faire de moi un pirate ! Il m’a assuré qu’il me prendrait avec lui ! » L’air faussement furieux, comme s’il s’agissait d’un oubli insupportable.
« - ah ! Ça ! » Le second eu l’air soulagé qu’il ne s’agisse guère d’une décision importante. « Si tu te montres utile il ne reviendra pas dessus. Ouvre cette porte et aide nous à charger dans le bateau »

C’était très exactement ce que Reda attendait du second. Décidément la manipulation était une seconde nature depuis qu’il était entouré de pirate. Cela fit sourire l’adolescent qui se dirigea vers la porte qu’il ouvrit avec la clef dissimulée non loin. La porte s’ouvrit sur une pièce relativement large. Eclairée uniquement des torches des intrus, elle contenait de quoi faire rêver. De l’or et des denrées assez rares. En chef bien organisé, le second distribua les tâches. Reda un coffret dans les mains et un sac de cuir contenant plusieurs pièces d’armures, était chargé d’amener le tout à la crique. Feignant l’entrain d’une jeune recrue, il se mit en chemin.
Une fois hors de vue de la caverne, Reda se mit à courir vers la crique. En y arrivant, personne ne gardait les embarcations. Certainement avaient ils voulu être discrets en ne venant qu’en petit nombre. Très rapidement, l’adolescent récupéra ce qu’il avait caché sous le ponton. Et le mit dans le sac de cuir avec le coffret. Trois embarcations se trouvaient amarrées, les canots attendaient de transporter les personnes vers les navires au large.
Fouillant dans le sac, Reda sorti la chaîne de son père. La fixant à son poignet, comme il l’avait fait tant de fois dans le domaine de ses parents, il s’attela ensuite à larguer l’amarre du premier canot pour l’attachée au second. Une voix s’éleva derrière lui.


« Hé toi ! Qu’est ce tu fais ! »

En se retournant, Reda vit un pirate se précipiter vers lui, la dague au clair. Il ne pouvait plus faire demi-tour, ni s’empêtrer dans une autre explication. Laissant glisser la chaîne de son poignet, il attendit le pirate. L’homme persuadé de sa supériorité, plongea vers l’adolescent afin de planter la dague dans son flanc gauche d’un mouvement circulaire. Tendue entre le poignet droit et la main gauche de Reda, la chaîne tint hors d’atteinte la lame aiguisée ce qui permit au jeune homme de pivoter sur lui-même pour accompagner le mouvement.
A l’intérieur de la garde de son ennemi, il était beaucoup plus facile d’ignorer les inconvénients de son jeune age. Reda planta sa jambe entre celles de l’assaillant et roula son dos. Emporté par son élan, le pirate plus habitué aux rixes de tavernes se retrouva déséquilibré et chuta. Le jeune homme profita de ce moment de faiblesse pour sauter sur son adversaire. Passant la chaîne autour de son cou, il serra le plus fort qu’il pu. Le pirate se débattit mais ne réussi pas à atteindre le corps agile planté sur son dos.
Au bout de quelques minutes, le corps du pirate était inerte. Le souffle court, Reda restait juché sur le dos, encore choqué. Se relevant difficilement, il retourna le corps. Il s’agissait de Hal, un ancien esclave d’un peu plus de vingt ans. Il avait échoué chez les pirates on ne savait trop comment mais son physique plus ventripotent que la moyenne lui valait un certain mépris des autres. Il était le seul à avoir jamais parlé avec Reda durant ces deux années. La culpabilité étreignait le cœur de l’adolescent quand un mouvement attira l’œil de celui-ci. La cage thoracique du pirate se soulevait difficilement, de façon irrégulière. Reda sourit, le manque de force lui avait tout juste permit de faire tomber dans l’inconscience l’homme mais pas de le tuer, quelle ironie du sort…

Rassemblant son sac et nouant sa chaîne à son poignet, Reda largua l’amarre du second canot. Lançant ses maigres possessions a bord, il sauta et s’arma des rames. Athéna seule savait ce qui adviendrait des pirates encore sur l’île mais ce n’était plus son problème. La cote n’était qu’a quelques encablures, quelques encablures de la liberté : le chemin vers le Sanctuaire.

Au loin, une chouette prenait son envol, un nouveau départ.
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